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Episode 4 enrichi:

De Noirmoutier à Bressuire: c'est parti, mon kiki!

Il y avait sans doute une autre piste à explorer que rien, sur les lieux du crime, ne laissait prévoir. Hyppolite était certain qu’aucun autre enquêteur n’y penserait au vu des  indices laissés sur le gois.

Et il ajoutant en se bidonnant : « Ces indices sur le coureur cycliste sont bidons ».

Depuis plusieurs semaines les producteurs de bonnotte, la perle alimentaire de l’île, étaient en conflit particulièrement musclé avec la grande distribution.

K10 bagarre bonnottesIls estimaient à juste titre qu’ils se faisaient écraser et que leur travail méritait un tout autre salaire.

Hyppolite avait quelques accointances dans le petit monde des producteurs de pommes de terre. Il les sentait capables de prendre le tour de France en otage et de frapper un grand coup pour sensibiliser l’opinion sur leur condition.

Il connaissait bien Philbert Parmentier, l’un des plus gros producteurs de l’île. Il avait déjà monté quelques petites actions punitives en bloquant en même temps le gois et le pont.

Et patati et patata

bonnottePour bloquer le gois, il avait bien sûr choisi un pont, celui de l’Ascension. Pour paralyser le pont, il s’était battu, jusqu’au bout sans succomber au « à gois bon ? ».

Il était déterminé, mais il ne voulait pas gâcher. Vu la qualité de la marchandise, il ne voulait pas déverser des tonnes de bonnottes sur la chaussée, comme les bretons le font avec leurs artichauts ou leurs choux-fleurs en surproduction aussi permanente que la coiffure d’une bigoudène.

Les vendéens ont beau être traités de ventres-à-choux, il n‘était pas question pour les contestataires de nourrir gracieusement les populations lors d’une action d’envergure.

Philbert et sa bande, la bande à Bonnotte, débattaient beaucoup et parlaient tout le temps, vu qu’ils étaient évidement adeptes obligés du « et patati…et patata… » avant de trouver une action marquante de sensibilisation.

Mais leurs actions n’avaient pas eu le retentissement national espéré...

Les bonnottes ignorées par Canal Pluche

Seul « Ouest France » en édition locale s’y était intéressé et s’en était fait l’écho.

baston 1« La fille de l’Her », feuille hebdomadaire noirmoutrine en lutte contre le machisme insulaire, avait aussi saisi l’occasion pour souligner le sort peu enviable des femmes de producteurs de pommes de terre qui, à leur goût, s’écrasaient trop.

Mais ni Canal Pluche ni France 3 Pays de Loire ni les télés nationales n’avaient daigné se déranger.

Pour les bonnottes, il fallait donc se contenter d’éplucher les pages locales et Philbert n’avait pas aimé ce manque de reconnaissance médiatique. Alors, les producteurs de pommes de terre avaient une occasion en or pour faire parler d’eux, envoyer la purée et flinguer les distributeurs honnis.

Il leur suffisait de saboter le tour de France.

De l'eau à son moulin de Bressuire

Hyppolite qui demeurait à l’Epine du côté de l’ancien moulin de Bressuire se souvenait que des agriculteurs en colère avaient bloqué le peloton dans les Deux-Sèvres voisines, dans le bocage bressuirais qu’il connaissait un peu puisqu’il y était né.

Il comptait bien que cette histoire allait éclairer son enquête et apporter de l’eau à son ancien moulin sans doute disparu durant les guerres de Vendée.

Le tour avait été bloqué sur les routes du Bocage du côté de Bressuire dans le 79 (tiens, tiens !) et l’histoire refit rapidement surface dans l’esprit vif d’Hyppolite.

kayo écrituriales 047 bis C’était il y a presque 30 ans, le 2 juillet 1990. Cela avait valu aux agriculteurs les honneurs de la presse nationale, de l’Equipe et même un passage sur une chaîne anglaise lors du résumé de l’étape.

Pour le tour 90, les chemins du bocage n’avaient finalement pas été les chemins du blocage. Et on peut toujours retrouver l’incident en images, vingt-huit ans plus tard, sur le très documenté « Dico du tour », excellent site cycliste conçu par un ancien bressuirais féru de vélo et de musette.

Hyppolite avait déjà pris le temps de s’informer. La course cycliste avait pu continuer en Nord Deux-Sèvres à l’époque grâce à un contournement savant sur les chemins vicinaux étroits et les départementales boueuses.

Tour 1990: Blocage en Bocage

Le tour n’avait pas longtemps mis pied à terre grâce à un jeune cyclotouriste du cru.

peloton bressuire pied à terreIl avait ouvert la voie aux coureurs et montré le chemin à suivre  pour éviter, via son parcours de délestage, les barrages, les tracteurs de la colère et les tas de fumier réservés pour une fois aux Géants de la route plutôt qu’au maire ou au sous-préfet.

Malgré ce sauveur du tour, Bressuire la mal-aimée de la Grande Boucle n’a jamais pu avoir droit à une étape du tour, que ce soit pour servir de ville départ ou bien accueillir une arrivée. Avec cinq départs d’étape ou même de tour de France en Vendée du côté du Puy du Fou ou de Noirmoutier, il y avait quand même bien des ouvertures pour la capitale du Bocage.

Que nenni, les amis !

Tour 2018: Des mojettes aux Mauges..

Cette année encore, malgré une candidature solide et un site exceptionnel pour un départ à Bocapole, immense complexe utilisé pour les conférences, les spectacles et les foires-expo, Bressuire s’était encore fait moucher.

Elle avait été écartée au profit de la voisine Cholet qui, classiquement, l’avait emporté haut-la-main et non pas dans un mouchoir de poche.

baston 3La réputation de la capitale des Mauges, plus proche de Noirmoutier il est vrai, avait fait mouche auprès des organisateurs qui avaient choisi les Mauges après les mojettes.

Chauds, Cholet marrons...

Il ne restait plus à Cholet qu'à se la jouer "jemelapète.com" avant de se rendre compte que la région avait tout misé pour sa campagne médiatique sur la Vendée.

En fait, malgré les mojettes, la Vendée n'avait quasiment rien à péter des Mauges.

Et ça se sentait..

Le maire de Cholet a bien distribué quelques marrons dans les media (Chaud les marrons, Cholet marrons!)...

Mais même en prenant la mouche, il a quand même du sortir les mouchoirs..

Bressuire, un tour de passe-pas?

Et une fois encore, Bressuire qui se croyait pourtant en Bocapole-position pour organiser un départ ou une arrivée d’étape s’était sentie morveuse en apprenant qu'elle n'aurait pas, cette année encore, l'occasion de voir passer le peloton.

k15 peloton plus serréLe maire Jean-Michel BERNIER en gardait un ressentiment profond, d’autant que Jean-Marie Leblanc, ancien directeur du Tour de France, était natif de la ville voisine de Nueil-les-Aubiers.

mino 014 bisAlors à quoi bon avoir donné au vélodrome local le nom de Jacques Augendre, le recordman journalistique incontestable des suivis de tour de France avec 55 participations?

Alors à quoi bon avoir donné naissance à Jean-Michel Rouet qui fut de longues années le responsable de la rubrique cycliste à L’Equipe ?

Le maire, malgré ses démonstrations au tableau noir, vivait mal, très mal même, que Bressuire ait encore fait chou blanc pour l’édition 2018 avec un départ de Noirmoutier à moins de 150 kms, une distance idéale pour proposer une étape inédite.

Non seulement il pensait que sa ville était la mal aimée de la Grande Boucle, mais il n'avait pas aimé la méthode des organisateurs en s'estimant victime d'un tour de passe-pas.

Bien sûr, il se consolait en se félicitant de la renommée sportive de sa ville avec des équipes de foot et de basket en Nationale 3, une équipe de tennis en première division nationale depuis 10 ans et un festival inédit du livre et du documentaire sportif baptisé « Lettres et Images du sport » commençant à attirer les journalistes sportifs de l’Equipe ou de Stade 2 !

Le gratin des lanceurs à Bressuire

Mais sa fierté légitime reposait sur l’organisation en 2015 au château de Bressuire d’un championnat du monde de Highland Games devant 10.000 spectateurs.

K 9MacAdam chateau BressuireTout un week-end, Bressuire qui avait battu San Francisco en finale dans le choix de la ville hôtesse était devenue la capitale mondiale des jeux d’Ecosse avec le gratin des lanceurs mondiaux venus des USA, de l’hémisphère Sud et bien sûr d’Ecosse.

Sur fond de vieilles murailles et de cornemuse, of course!

Hyppolite savait tout cela car sa domiciliation du côté de l’anciens moulin de Bressuire,  pas très loin de chez Philbert le bonnottier, l’avait conduit plusieurs fois dans la capitale du Bocage. De plus, il était devenu un fan de ces jeux de force : il préférait mille fois les Hercule de la force pure lançant des troncs d’arbre au son de la cornemuse aux forçats de la route pédalant au rythme du piano à bretelles d’Yvette Horner.

"Hot milk today"

Pour le policier Noirmoutrin encore seul sur le coup, le problème restait que MacAdam avait avalé, non pas le piano à bretelles d’Yvette Horner, mais une cornemuse.

Et, en pensant à l'étape 3 prévue autour de Cholet, il soliloqua en retirant sa pipe. Et il émit même un petit gloussement en pensant que l'écossais trucidé aurait mille fois préféré rouler à Bressuire qu'à Cholet.

Entre le whisky des Highland Games et le "hot milk" des Mauges, ce chaud laid qui lui donnait la nausée il n'aurait pas hésité une seule seconde...

DSCN4396[1] JpegIl lui fallait donc agir vite s’il ne voulait pas se faire remonter les bretelles car le SRPJ s’était mis en route et les média commençaient à rendre compte en boucle du meurtre du gois.

Les médias en délire

Et, comme pour l’affaire Grégory, les journalistes y allaient déjà de leurs supputations en s’appuyant sur les premiers témoignages et sur les « fuites » organisées par leurs copains enquêteurs avides de soigner leur notoriété médiatique.

K3 durieuxEurope 1, en perte d’audience, commençait déjà  à taper fort en accusant les russes : ils étaient soi-disant vexés de voir que le tour de France allait faire un peu trop d’ombre à leur Coupe du monde.

BFM ripostait aussitôt en penchant pour un coup des indépendantistes écossais pour qui le Brexit devait déboucher sur un Scotout. Il leur fallait une Ecosse qui, telle la reine des neiges, serait enfin libérée-délivrée des Anglais.

Quant à TF1 avide de flinguer France 2, diffuseuse quasi-exclusive de la Grande Boucle, ils y voyaient une complicité entre les organisateurs, les sponsors et les coureurs pour booster leurs audiences sévèrement mises à mal par le football qui faisait péter l’audimat sur la première chaîne.

Hyppolite, lui, se marrait en tirant sur sa bouffarde...

 A suivre....

01 couverture

Texte: Alain CADU,

- blogueur-speaker des Highland Games en France

- auteur du livre "Les Géants d'Olympie" publié chez écrituriales

Illustrations: Kayo

- dessinateur bressuirais reconnu

- illustrateur des Géants d'Olympie

UN LIEN SIGNIFICATIF:

Où vous allez découvrir d'un simple clic que le Tour est passé SOIXANTE fois en Vendée et seulement SEIZE en Deux-Sèvres

A qui doit-on ce mauvais tour?

UN GRAND MERCI...

- à l'association "Her de fêtes", organisatrice d'un concours de récits sur le polar à l'occasion de son salon du livre Jeunesse de Noirmoutier qui se tiendra à au centre culturel des Salorges les 15 et 16 septembre.

- au site "Le Dico du Tour", incontournable pour comprendre la grande boucle et généreux en faisant la promo du blog sur sa page d'accueil.

Une référence!

http://www.ledicodutour.com/

 

POUR LES PLUS PRESSES et pour les blog-trotteurs:

Les EPISODES sont A RETROUVER EN AVANT-PREMIERE avec deux jours d'avance (normal, ils sont dans l'échappée)

sur le blog d'écrituriales :

www.ecrituriales.canalblog.com

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